restitution


APÉRO-LIRE DU SAMEDI 23 MARS 2019
Avant de parler de livres, quelques mots notés, en vol, lors de la présentation des participants :

  • Je ne suis pas venue avec l’idée de parler d’un livre. J’en ai attrapé un, à tout hasard, juste avant de venir…
  • Périgourdine de naissance et puis c’est tout pour le Périgord, Alsacienne, Pyrénéenne Bénévole à la bibliothèque
  • Lot et Garonne, Haute Pyrénées depuis 36 ans. Si je devais retourner dans le Lot et Garonne, il me manquerait l’horizon. Vélo. Je lis un petit peu. Bénévole à la bibliothèque.
  • J’avais l’Interdiction de lire, pour ne pas m’abîmer les yeux !
  • Bénévole de la bibliothèque

    Meryem Alaoui, 23/08/2018

    Le titre m’a attirée. Le personnage principal est une prostituée, à Casablanca. Personnage truculent. Elle a une fille et un rapport particulier avec un ex-mari ou mari… La prostitution n’est pas un monde tendre : Il s’agit de faire commerce de son corps. Pas simple !
    Extrait : p 26, Contexte : l’héroïne porte son regard sur la clientèle du bouge où elle travaille

  • « Tu les montes tous. Le minable, le frustré, l’esseulé,le fils de pute,le juste là. Celui qui pointe l’ardeur de ta main pour sa joie faible et stérile.
    (…)
  • Celui-là qui enfin rachète dans ton ventre son inutile sueur. (…)

 

Ici, tu rencontres celui qui chaque jour boit sa honte et qui -le soir venu- te fait vomir la tienne dans les toilettes sales et l’excuse d’un vin frelaté. Mais, au fond, tu te fous bien d’eux, et de leur misère et de leur crasse. Parce que tu sais que c’est comme ça. Et que sur cette terre, chacun son lot. Alors moi, dans la besace pourrie du sort, je me sens juste bénie quand j’en tire un rapide. »


Comment, en même temps, jouer un rôle de mère. Jmiaa y arrive. Elle parvient à être quelqu’un, même quand son corps est meurtri. Elle est lucide elle sait qui elle est, dans cette société.

Je m’intéresse au Maroc. Je perçois ce qui s’y passe, du côté du désir des femmes de gagner en liberté de penser. Des femmes maltraitées, violées, abusées…

Le livre est drôle malgré le sujet. L’auteur parvient à parler du dedans du pays, du dedans du milieu de la prostitution. Les personnages sont attachantes, drôles et perspicaces. Malgré le milieu particulier de la prostitution, on est proche d’elles, on les comprend plus qu’on ne les blâme. Un régal !

Le sujet de la prostitution en littérature est nouveau pour moi. De part mon travail, je l’ai approché, mais jamais par la littérature auparavant. J’ai été Interpellé.

  • Le titre, pourquoi ?: Jmiaa est montée, comme un cheval…
  • A-t-elle un amoureux ? Oui. Je ne vous ai parlé que de ce qui m’a touchée. L’auteur parle de la société, de plein d’autres choses, mais j’ai choisi de partager en priorité le thème de la prostitution.
  • Présentation du livre par son auteur Myryem Alaoui en cliquant ici

Après cette première présentation, la conversation a glissé sur le difficile choix des livres, notamment pour les bibliothécaires. Allusion au Masque et la plume (radio) et à La Grande Librairie (télévison), animée par François Busnel, émission qui influence énormément les choix…
  • tu peux être sûre que l’on nous demande le livre, s’ils en ont parlé la veille à la Grande Librairie
  • L’autre fois, au Masque et la Plume, ils ont parlé de.. , ils l’ont descendu en flèche. Alors est-ce qu’on le prend pour la bibliothèque ?
La conversation s’est poursuivie sur l’objet livre :
  • En bibliothèque, tous les 5 ans, il nous faut désherber, pour faire de la place, pour renouveler.
  • C’est un déchirement.
  • Une horreur !
  • C’est pour ça que je suis partie. Dès que quelqu’un voulait enlever un livre ça criait ! En fait, ça n’a pas été la raison de mon départ, je plaisantais, et en plus ça ne criait pas. Je dis seulement que ça me déchirait le cœur. Je suis contente de ne plus le voir.
  • J’achète plein de livres, je ne les lis pas tous. Ce que j’adore, c’est la surprise de le re-trouver, avec la même envie de le lire, des années après.
  • Nous c’est une histoire de place, c’est très matériel. Et ce n’est pas parce que nous ne l’avons pas dans notre bibliothèque que l’on ne peut pas le trouver ailleurs. On ne supprime qu’un exemplaire, pas Le livre !
  • Moi je ne peux pas jeter. Ça me fait penser à la guerre…

Et pour clore cette parenthèse, proposition a été faite de définir en une ou deux phrases, sa bibliothèque idéale :

  • Une bibliothèque grande comme une maison, avec des livres variés. Des vieux et des récents, des précieux et pas précieux. Les livres sont répartis partout dans la maison. Une maison de plein pied. Un rectangle, cadré de bois et de verre. Les livres sont les murs. La maison est bordée par une immense terrasse en bois, plein sud, large, de manière à installer un banc, une table et s’installer, avec un livre…
  • La bibliothèque idéale, ce n’est pas chez moi. C’est une bibliothèque extérieure. En réalité, c’est la bibliothèque universitaire d’Harvard. C’est une merveille. Ça m’est égal de ne pas posséder de livres. Au contraire, je les aime dans un lieu public.
  • Une bibliothèque faite de tous les livres que j’achète et qu’on m’offre. Classés. Ceux que j’aime sont en hauteur, à portée de vue. Ceux que je n’aime pas sont en bas. Je sais que ceux-là, je ne les conseille pas. Ils sont dans la poussière, près du coup de pied ! Ils sont tout jaune à force… Chaque livre est relié à quelqu’un, à un moment de ma vie. Je les garde tous, parce que je n’ai pas la mémoire des livres. Une bibliothèque mémoire.
  • Une bibliothèque très modeste. Elle bouge, ma bibliothèque. Il faut que ça bouge, que ce soit ouvert. Que ce soit vivant. Il faut que j’y trouve ce que je cherche, ce que je ne trouve pas ailleurs. Il faut que ce soit un lieu de partage. Je ne me débarrasse pas des livres, mais ce n’est pas figé. Au début, c’est un classement par ordre alphabétique, puis ça devient la débandade.
  • Ma bibliothèque, est un mélange de tout ce que vous avez dit. Petite, modeste. Un premier étage, une pièce en bois. Quand je prête un livre, je veux qu’on me le rende. Si ce n’est pas le cas, je vais le racheter. Il s’y trouve les livres que les enfants ont lus, dont un que j’ai lu 100 000 fois avec eux. L »armoire peut s’effoyer, s’escagacer, on dit ici, ce n’est pas pour ça que je désherbe. Les livres sont comme des attaches au lieu.

café Plum à Lautrec

Le langage de la solitude, Jan-Philipp Sendker, J-C Lattès, (02/05/2018)

J’ai choisi un poche, un « truc » facile à lire, parce que je bouge beaucoup de chez moi. Je l’ai trouvé dans un bistro-librairie à Lautrec, le café Plum.

Je l’ai aimé, c’est tout… Il est beaucoup plus léger que les autres*.

Un ancien journaliste a perdu son fils. Il est accablé. Il se retire sur une île au large de Hong Kong. Il y rencontre une jeune femme, Christine, et son enfant. Cette femme reçoit un courrier de son frère qu’elle n’a pas vu depuis 40 ans. Leur père fut tué par l’armée rouge à ses 6 ans. D’un côté Christine et sa mère, de l’autre son frère.

Dans la lettre, son frère parle d’un mal dont est atteint sa femme. Paul et Christine décident de se rendre dans leur village, au fin fond de la Chine, loin de Hong Kong. Paul reprend ses réflexes de journaliste. Il enquête. Dans le village, il y aurait un lac pollué par le mercure, responsable d’une maladie neurologique qui se répand dans le village. De forts enjeux économiques sont derrière…. Le journaliste, d’origine européenne, veut dénoncer. Christine, d’origine chinoise, ne veut pas…

Est-ce un tableau sur la Chine ? Au delà de la Chine, l’histoire met en confontation deux sociétés qui n’ont pas les mêmes référents. Peut-on comprendre ? Faut-il se résigner ?

* Du même auteur : L’art d’écouter les battements de cœur, dont il a été question lors de l’apéro-lire du 17/03/2018, il y a un an, voir ci-dessous…

Suggestion de lecture : China dream Ma Jian, Flammarion (01/2019).
Un mot de l’auteur : « Le rôle de l’écrivain consiste à sonder les ténèbres et par-dessus tout à dire la vérité. J’ai écrit ce roman motivé par ma colère contre les fausses utopies qui asservissent et infantilisent la Chine depuis 1949« . Un roman qui parle d’un aspect de la Chine d’aujourd’hui (tentative d’effacer la mémoire, d’éradiquer tout événement passé qui pourrait gêner la marche du pouvoir) sous forme de farce réaliste et subversive.


(03/2019)

La librairie l’a reçu en SP*, on me l’a tendu en disant « C’est pour toi! ». C’est pour moi parce que c’est sur l’Alaska.

J’ai commencé la première page et suis allée jusqu’à la dernière, en une lecture. C’est envoutant.
Après, je ne sais pas trop pourquoi… Il n’y a pas grand chose qui se passe !
La narratrice est une ado. Son père est musher (meneur de chien). Sa mère est morte. Une vie à côté d’une forêt. J’ai pensé à Jack London : L’appel de la forêt. En anglais le titre est « The call of the wild ». Tandis que le titre anglais de Sauvage est « Wild inside » : le sauvage à l’intérieur (de la jeune ado).
Le « nœud », le « creux » du livre : la forêt qui attire, les animaux qui attirent. Suite à une expérience, avec son chat (p-61-62), Tracy, l’ado, réalise qu’en buvant le sang d’un animal, elle devient l’animal. On la suit dans l’animal. On devient soi-même l’animal. Grâce notamment à la langue…Ce n’est pas du tout dégoutant !
Extrait : La plupart des animaux que je trouvais dans mes pièges étaient morts depuis des heures, peut-être des jours. Quand vous avez en main un animal qui se meurt plutôt qu’un animal qu’est mort depuis longtemps, c’est chaud, vous sentez sa chaleur qui se répand en vous, et ce que vous apprenez de lui a la clarté parfaite des choses que vous voyez avec vos propres yeux. Goûter vous donne toujours accès au moins à un instant. Mais quand vous buvez d’une bestiole qui lâche son dernier souffle, vous recevez toute une histoire. Tout ce qu’elle a fait, tout ce qu’elle a ressenti se livre à vous comme si ça se produisait au moment même où vous l’apprenez. Vous absorbez une vie entière, quand vous buvez et tuez en même temps.
Il y a du fantastique dans ce roman. De l’initiatique surtout, ça se déroule sur un an.
De son vivant, la mère de Tracy lui avait donné trois règles de conduite « ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain» (…) Je suis sérieuse, elle a dit. Tu peux chasser des animaux autant que tu veux. Je ne te demande pas d’arrêter ça. Mais avec les humains, tu ne dois pas enfreindre cette règle. Promets-le moi. »
Le père joue le rôle de l’autorité. Tracy a souvent des corvées. Elle est bagarreuse.
Les personnages autour de Tracy sont là pour mettre du mystère. Certains disparaissent. Mais le thème principal est la construction de cette adolescente de 17 ans morceaux par morceaux, expérience animle après expérience animale.
Lecture conseillée notamment pour des ados à partir de 15-16 ans.

* Le service de presse ou SP, c’est le livre qui est envoyé par les attachés de presse des maisons d’édition aux journalistes, chroniqueurs et rédactions des médias qui seraient susceptibles d’en faire la promotion, mais aussi aux librairies qui peuvent ainsi lire avant de commander, ou faire lire à des habitués qui font un retour et influe ainsi sur les rayons de la librairie.


A l’issue de cet apéro-lire de Mars, nous avons décidé de lire un même livre, pour échanger à partir d’un même livre lors du prochain Apéro-Lire (samedi 20 avril 2019, 17h45). Le choix est en cours… Dans le même ordre d’idée, nous tenterons une autre fois de lire plusieurs livres du même auteurs, chacun le sien….

À très bientôt !


APÉRO-LIRE DE DÉCEMBRE 2018. Proposition : Noël oblige, choisir un livre qui vous a été offert, ou que vous avez offert, ou que vous aimeriez offrir…

Soudain, seuls d’Isabelle Autissier, édition Stock. (2015)

Livre emprunté à la bibliothèque parce-que le titre, a accroché. Par la suite le livre a fait réfléchir…

Un couple prend la mer avec le projet de faire le tour du monde. Sauf que… ils font naufrage sur une île, dans l’Atlantique Sud, au large de la Terre de Feu. Ils font appel à leur connaissance, à leur intelligence, à leur ressource, mais au bout d’un moment, il ne trouvent plus de solution. L’espoir du début s’amenuise. La femme a un instinct de survie particulier. Elle ne veut pas se laisser envahir par le désespoir. Ils savent qu’il y a sur l’île, de l’autre côté, un laboratoire scientifique. Il est très difficile d’accès, mais la femme y voit la possibilité de se sauver. L’homme ne la suit pas. Il est mal en point. Très mal en point. Il ne peut pas la suivre. Elle a le sentiment de l’abandonner, elle pressent qu’il sera probablement mort à son retour mais à la fois, elle décide de se sauver… Quand elle reviendra avec des vivres, l’homme sera effectivement mort.

Quand elle reviendra à la « civilisation », elle ne sait que dire ? Si j’avoue, je serai traitée en criminelle… elle décide de ne rien dire. Elle devient un personnage médiatique, l’héroïne d’une histoire terrible pour laquelle elle a développé une grande culpabilité.

Ce livre a suscité en moi beaucoup de question : Qu’est ce que c’est d’être humain ? Je sauve ma peau ou bien ? … Qu’est ce que l’amour ? Quand on est confronté à des situations limites, que devient notre humanité ? Qu’est-ce que je ferais moi ? En montagne et haute montagne, on se pose cette question quand on est face à ses propres limites. La nature, on ne la maitrise pas.

Autres questions et réflexions amenées par le groupe :

  • Peut-on savoir ce que l’on ferait, tant qu’on y est pas ?

  • Dans le livre, Soudain, Seuls, le dilemme n’est-il pas plus fort après, une fois que la femme est sortie d’affaire ? Dans le premier choix, il semble y avoir une évidence : Soit nous mourrons tous les deux, soit je nous donne une chance de nous sauver. Tout du moins, me sauver. Mais au retour, que faire de ce choix auprès de celles et ceux qui n’y était pas ?

Ce à quoi le livre a fait penser :

Le film Les Survivants, qui retrace le crash du vol 571 de la compagnie Fuerza Aérea Uruguaya dans les Andes, en 1972. L’accident a causé la mort de 29 passagers et seules 16 personnes ont survécu en ayant recours au cannibalisme, pour ne pas mourir de faim. Qui peut les condamner ?

Le livre La mort suspendue de Joe Simpson : Que se passe-t-il dans la tête d’un homme condamné à trancher la corde au bout de laquelle est suspendue la vie de son ami ?

Le livre Là où les tigres sont chez eux de Jean-Marie Blas de Roblès. Un épisode du livre confronte une équipe de scientifique à la recherche de fossile au même dilemme : Laisser mourir un de leur collègue et partir chercher des secours en traversant la jungle, ou bien l’embarquer sur un brancard, au risque de ne pas parvenir à cheminer.


Le canapé rouge, de Michèle Lesbre, édition Sabine Wespieser, 2007

Livre que j’ai lu et offert à ma maman en 2007. Quand ma maman est décédée en 2013, je l’ai trouvé dans sa bibliothèque… je l’ai récupéré… Il y a l’histoire dans le livre, et l’histoire à côté du livre.

La narratrice, Anne, est sans nouvelles de Gyl, qu’elle a naguère aimé, alors elle part le retrouver sur les bords du lac Baïkal. Dans le transsibérien qui la conduit à Irkoutsk, Anne s’interroge sur cet homme qui, plutôt que de renoncer aux utopies auxquelles ils avaient cru, tente de construire sur les bords du lac, un nouveau monde idéal. A la faveur des rencontres dans le train et sur les quais, des paysages qui défilent et aussi de ses lectures, elle laisse vagabonder ses pensées, qui la renvoient sans cesse à la vieille dame qu’elle a laissée à Paris. Clémence Barrot doit l’attendre sur son canapé rouge, au fond de l’appartement d’où elle ne sort plus guère. Clémence et Anne se rencontrent comme des voisins d’immeuble se rencontrent. Anne rend visite à sa voisine du dessous pour la prévenir qu’elle ferait du bruit dans son appartement. Clémence lui «En échange du bruit, venez me faire la lecture». Ainsi les deux femmes goûtent ensemble les aventures d’Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de Marion du Faouët qui, à la tête de sa troupe de brigands, redistribuait aux miséreux le fruit de ses rapines, et surtout de Milena Jesenská qui avait traversé la Moldau à la nage pour ne pas laisser attendre son amant. Autour du destin de ces femmes libres, courageuses et rebelles, dont Anne lit la vie à l’ancienne modiste, une tendre complicité se tisse, faite de confidences et de souvenirs partagés.

EXTRAIT :

Je savais que le véritable voyage se fait au retour, quand il inonde les jours d’après au point de donner cette sensation prolongée d’égarement d’un temps à un autre, d’un espace à un autre. Les images se superposent, secrète alchimie, profondeur de champ où nos ombres semblent plus vraies que nous-mêmes. Là est la vérité du voyage.

J’aime ce passage sur le voyage. Il dit exactement ce que je ressens lors du retour…

Quant au voyage d’Anne, la narratrice, j’aime sa durée dans le temps, (Anne reste en pyjama des journées entières!). J’aime la description des paysages. J’aime comment la narratrice s’interroge sur sa vie, sur la vie.

Quand elle rentre de voyage, un camion de déménagement est garé en bas de la rue. Anne apprend que la vieille dame…

Mais faut-il le dire ?

Toujours est-il que ce qui aurait pu être un rendez-vous avec la mort est en réalité un rendez-vous avec la vie.

Elle ne s’est pas jeté dans l’eau, elle s’est glissée dans l’eau….

En quelques mots :

Le voyage, la tendresse, la découverte de l’autre.

L’objet, le lien :

Ce livre est précieux. J’aime l’objet entre mes mains. Ma mère et moi avions la même sensibilité. Nous étions proche, et ça continue…


Les yeux fermés de Lluis Llach, édition Acte Sud, 2017

Le matin, je rencontre Joelle dans la côte d’Argelès qui mène à l’Hôtel de Ville. Elle me dit, avant même de dire bonjour… « Je sais de quel livre je vais parler ce soir ! Les yeux fardés, tu connais ? ». Les yeux fardés, de l’auteur catalan, musicien, Lluis Llach, né en 1948, auteur de la chanson l’Estaca, connue pour avoir été l’hymne officieux catalan de résistance au franquisme.

Au moment où il écrit, Lluis Llach est un vieil homme de 87 ans qui ne veut pas partir sans laisser de traces. Il demande à un réalisateur de filmer sa vie en 26 séances.

Il est né en 1920. Son père catalan travaillait sur les bateaux entre Barcelone et Majorque. Sa mère est de Sète. Elle est venue vivre à Barcelone, dans un quartier ouvrier, côté port. Barceloneta, un petit bout de terre près de la mer. Le livre débute en racontant la vie de cette famille. Ces familles, c’est à dire toutes celles qu gravitent autour. Les parents de Lluis voulaient que leurs enfants réussissent. Ils les ont envoyés dans une école particulière. Son enfance et son adolescence sont chaleureuses, joueuses, inconscientes. Il espérait avoir une vie meilleure, mais…

Mais la guerre

Mais la révolution

Mais le changement de régime politique

Mais Franco qui arrive au pouvoir.

Ils sont quatre amis à être nés en 1920 et à grandir ensemble. Deux garçons deux filles. Une grosse amitié naît entre Lluis et Germinal. Le livre aborde l’homosexualité. Quand la guerre éclate, Germinal, se retrouve dans l’armée. Il part à Sète, mais… cas de conscience… il laisse son ami à Franco.

Le livre raconte le combats des habitants pour garder la liberté, dans ces années 30. On côtoie tout ce qu’il y a de plus ignoble chez l’humain, abjecte, dans une guerre civile. On vit les immeubles qui s’écroulent, on vit les bombardements. On comprend mieux pourquoi les catalans se battent pour leur indépendance. On se rend compte de la présence des anarchistes.

Le livre donne à vivre le passage terriblement difficile de l’adolescence à l’âge adulte dans ces conditions.

Les yeux fardés fait partie des livres-compagnons que j’ai eu hâte de retrouver, le soir, dans mon lit. Lluis Llach était un musicien très célèbre quand on était jeune.

Une question est posée sur la présence du réalisateur, les 26 séquences, ce qui justifie ce choix, comment sa présence intervient-elle dans le récit ? D’après la réponse, ce choix de construction ne semble pas apporter beaucoup au récit. Elle semble même avoir prêté à confusion, puisque dans le livre il ne s’agit pas de Luis Llach qui est filmé, mais Germinal Massagué, devenu un vieil homme de 87 ans aux yeux étrangement fardés de bleus. Cet homme accepte, afin que tout ce qu’il a vécu ne soit pas perdu, d’enregistrer ses souvenirs au cours de 26 séances, en se confiant à un jeune réalisateur, Lluis Sedan. « Quatre-vingt-sept années de vie, construites jour après jour, entre la colère des dieux et le châtiment des démons, la passion et le dégoût, l’héroïsme d’une action et la médiocrité de toutes les autres, l’amour qui ne meurt pas et la mort de celui qui tombe amoureux… »

Est-ce la scripte qui s’est mélangé les pinceaux en prenant Germinal pour Lluis et/ou Lluis pour Germinal ? Est-ce la lectrice ?

Une autre lectrice questionnée par ailleurs ne se souvient plus du « montage » cinéma, de la présence du réalisateur… Elle se souvient d’un roman auto-biographique de Lluis Llach. Germinal est-il Lluis, un peu, beaucoup ???? Là n’est pas la question !


La maison où je suis mort autrefois, de Keigo Higashino, Acte Sud, 2010

Higashino est un auteur de polar renommé au Japon et plusieurs fois récompensé. C’est ma première lecture de polar japonnais. Les nordiques, j’en ai lu des tonnes et des tonnes. J’en ai déjà parlé ! Là, c’est vraiment très différent… J’ai été très favorablement impressionnée. C’est une vraie découverte. Je suis contente d’être « entrée » un peu dans le japon. J’avais des appréhensions : Je ne connais pas ce pays, je ne parle pas la langue, vais-je réussir à rentrer dedans ?

Le titre « La maison où je suis mort autrefois » m’a intriguée. L’écriture est très simple, elle se lit vite. On retrouve quelques idées pré-conçues que l’on peut avoir sur le Japon. Ça fait du bien !

Sayaka Kurahashi demande à un vieil ami de l’accompagner pour se rendre dans une maison où, elle et son père, seraient allés. Elle n’en a aucun souvenir. Son père vient de mourir et lui a laissé une grande clé, avec un lion, et un plan qui mène à cette maison. Elle ne connait pas le lien entre son père et la maison, mais elle le soupçonne de… Il partait souvent à la pêche sans hameçons…

Effectivement, elle est allée dans cette maison. Elle comprend que « des choses » s’y sont passées. Des choses anodines, peut-être. Elle découvre un journal intime d’enfant,. C’est une technique d’écriture qui marche bien. Bon… Découverte de lettres… technique aussi connue aussi qui marche bien…

Au début on se demande si ça va être intéressant et après, ça n’arrête pas, c’est épouvantable ce qu’il introduit, je ne vous dis pas quoi.

Au départ tu te demandes si tu as acheté un polar. Mettre le P, de Policier. Au fond, c’est l’édition qui décide de le classer ou non en roman policier, en roman noir…

Et puis, tu ne vois pas venir ce qui arrive. Le récit avance surtout par le dialogue avec l’ami qui accompagne Sayaka Kurahashi. Lui est scientifique. Il a écrit un article sur la maltraitance des enfants…


Le fusil de chasse de Sayaka Kurahashi, livre de poche 1992

L’auteur est connu depuis la parution de ce livre paru en 1949 au japon et en France, en 1960. Ça ne parle pas de chasse.

L’Histoire : Un des amis d’étude du narrateur le contacte, en tant que responsable d’une revue de chasse. Il lui demande un poème pour la revue. Bof, la chasse, la virilité… ce n’est pas sa tasse de thé, mais il accepte et décide de parler d’une rencontre qu’il a faite quelques temps plus tôt. Il écrira la rencontre sous forme de poème.

Le poème est publié. Le narrateur s’attend à recevoir une volée de bois vert par les lecteurs, mais non… Cependant, un jour il reçoit une lettre, d’un homme qui lui dit : l’homme du poème c’est moi. Vous vous êtes intéressés à mon cas…

Le poème

Sa grosse pipe de marin à la bouche,

Un setter courant devant lui dans l’herbe,

L’homme gravissait à grandes enjambées, en ce début d’hiver,

Le sentier du mont Amagi,

Et la gelée blanche craquait sous ses semelles.

Il avait vingt-cinq cartouches à la ceinture,

Un manteau de cuir, marron foncé,

Une carabine Churchill à canons jumelés…

Mais d’où venait son indifférence, malgré son arme de blanc et brillant métal,

A ôter la vie à des créatures ?

Fasciné par le large dos du chasseur,

Je regardais, je regardais.

Depuis ce temps là,

Dans les gares des grandes villes,

Ou bien la nuit dans les quartiers où l’on s’amuse,

Parfois je rêve,

Je voudrais vivre sa vie…

Paisible, sereine, indifférente.

Par instants change la scène de chasse :

Ce n’est plus le froid début d’hiver sur le Mont Amagi,

Mais un lit asséché de torrent, blanc et blême.

Et l’étincelant fusil de chasse,

Pesant de tout son poids sur le corps solitaire,

Sur l’âme solitaire d’un homme entre deux âges,

Irradie une étrange et sévère beauté,

Qu’il ne montra jamais,

Quand il était pointé contre une créature.

Le chasseur, Josuke, est devenu en effet un solitaire, après avoir eu une vie sociale importante. Il se confie au narrateur et parle de sa vie à travers trois lettres qu’il lui demande de lire avant de les brûler. Sa femme, Midori, sa cousine par alliance et maîtresse, Shaïko et la fille de celle-ci, Shoko… Trois lettres comme autant de confessions…

Extrait final lettre de Midori

Le Gauguin n’est pas en harmonie avec le style de la pièce et, d’ailleurs, je voudrais l’emporter, si tu es d’accord, dans la maison de Yase. Je l’ai donc décroché sans ta permission et je l’ai remplacé par un paysage de neige, de Vlaminck. J’ai ensuite rangé ton armoire, j’y ai serré tes trois complets d’hiver, et en les choisissant suivant mon goût, j’ai ajouté à chacun une cravate convenable. J’espère que tu les aimeras.

La dernière lettre est celle de Shaïko, juste avant de mourir.

J’ai lu ce livre il y a 20 ans et j’ai voulu le relire. C’est très dense, très dure, mais ça vaut vraiment le coup de le lire. Il parle de secret, d’amour. J’en suis ressorti K.O. Tout ça a ressurgi, j’avais oublié.

Sur le plan humain, c’est une histoire très forte. Les trois personnages sont forts.

L’homme n’a pas compris. Les femmes elles, savaient….

Pour en savoir plus sur l’auteur et voir quelques images du Japon : ICI


APÉRO-LIRE # OCT 2018  (Une rencontre pour partager des expériences de lectures, tout simplement…)

Les mots rapportés ci-dessous ne sont pas strictement ceux employés lors de la rencontre. Le passage de l’oral à l’écrit demande quelques modifications. J’espère ne pas trahir les propos (écrit en italique)… Merci de me le signaler si c’est le cas ! Manoell

En attendant les barbares de J. M Coetzee, Seuil

L’auteur : Il est professeur de littérature et critique littéraire. Il est né dans les années 1940 en Afrique du sud. Il est très préoccupé par l’apartheid, la guerre, la paix. Obsession de se retrouver dans une civilisation qui ne soit plus menée par la violence. Une citation au dos du livre : « Je crois en la paix – peut-être même en la paix à tout prix. »
J.M. Coetzee
.

Le livre : La région est indéterminée. Quasi désertique. Elle est dominée par un empire colonial. Le héros-narrateur est Magistrat. La cité est paisible. Mais « l’empire » décide de mettre un terme aux actions des « barbares » dont il s’inquiète, dont personne d’ailleurs (ni les personnages, ni les lecteurs) ne sait qui ils sont…

Le magistrat voit arriver les troupes, pour la campagne militaire. Rapidement, il voit aussi des prisonniers. Parmi les prisonniers, une jeune femme blessée, qu’il décide de recueillir. La relation entre les deux est paternelle, mais pas uniquement. Elle est équivoque.

Après avoir guérie la femme blessée, l’objectif du magistrat est de la rendre à sa peuplade, ce qu’il entreprend. Pendant ce temps… les troupes font leur « travail » d’éradication des « barbares ». Le magistrat est alors accusé de pactiser avec l’ennemi. Il est en pleine disgrâce. Démis de ses fonctions. Molesté. Conduit à un simulacre de pendaison. Ridiculisé auprès de la population….

Il gardera une amertume, une grande amertume, de ces événements dont il n’a pas compris tous les enjeux. Mais aussi une grandeur, la grandeur de ne pas avoir cédé.

Quelques phrases :

Je pense « A la fin de l’hiver, peut-être, quand nous aurons vraiment la faim au ventre, quand nous serons gelés et affamés, ou quand les barbares seront vraiment à nos portes, peut-être, alors, abandonnerai-je les periphrases d’un fonctionnaire doté d’ambitions littéraires et commencerai-je à dire la vérité. »

(…)

Je pense : « J’ai vécu une année riche en événements, et pourtant je n’y comprends rien, rien de plus qu’un nourrisson. De tous les gens de cette ville, je suis le moins apte à rédiger un Mémorial. Mieux vaut le forgeron avec ses cris de rage et de chagrin. »

(…)

Je pense : « Il y a quelque chose qui me sautait aux yeux, mais je n’arrive toujours pas à le voir ».

La garnison quitte la ville. Les habitants sont livrés à eux même… Les barbares sont toujours supposés arriver, mais qui sont les barbares ? Les zones d’ombre et d’incertitude perdurent après les lecture du livre…

Lecture intense. Possibilité de se projeter dans le personnage du magistrat qui représente le juste. Partage de ses doutes, ses émotions, ses incompréhensions, ses limites, ses bontés. J.M Coetzee est un auteur d’une grande force.

D’autres livres du même auteur :

Disgrâce, un de ses plus connus

Au cœur de ce pays

Michael K, sa vie, son temps


L’intelligence des plantes de Stephano Moncusso, Albin Michel

Stephano Moncusso est un scientifique italien, de la région de florence. Il est poète philosophe, fondateur de la neurobiologie végétale.

Je suis chamboulé par ce que les scientifiques « voient » du monde des plantes. Chamboulé par ce livre. Quand tu lis des mots qui rendent visibles quelque chose que tu ressens depuis 40 ans… J’ai travaillé dans les jardins d’insertion, j’ai été formateur, dé-formateur, créateur de jardin… J’ai observé… longtemps… J’ai vu le mimétisme entre les différentes parties du vivant. Le cheminement commun. Quand on perturbe une des données, on perturbe l’ensemble. (C’est pourquoi, Didier dit, en rigolant, qu’il ne donnera pas une claque à la mouche qui lui titille la joue lors de cet apéro-lire d’octobre !).

L’intelligence des plantes de Stephano Moncusso est de la même famille de livre que La vie secrète des arbres, de l’allemand Peter Wohlleben. Les arbres, les plantes, les animaux, les humains, tout est à mettre dans le même « paquet ». L’humain a un peu une tête d’autruche. Il a beaucoup à apprendre des plantes. Des sens des plantes ( les 5 que nous connaissons – ouïe, odorat, vue, toucher, le goût, et 15 autres).

Dans son livre, Stefano Mancuso démontre que, comme tous les êtres vivants, les plantes discernent formes et couleurs, mémorisent des données, communiquent. Elles ont une personnalité et développent une forme de vie sociale basée sur l’entraide et l’échange.


Les cimes rebelles de Laurence Muguet, éditions Gypaète

C’est la voix de la jeune marocaine, Khadija, qui raconte son monde, peuplé de son père et un petit copain. Elle grandit près du djebel Toubkal (point culminant du Haut Atlas ainsi que du Maroc et de l’Afrique du Nord avec 4167 m d’altitude). Le style est simple. Impression de se trouver dans cette famille.

Le livre raconte la manière dont Khadija s’ouvre au monde. Tout d’abord par la rencontre de trois français randonneurs. Ils l’invitent à venir faire de la rando en France, dans les Pyrénées, au Mont Valier (le Mont Valier est considéré comme l’un des plus beaux sommets de l’Ariège. Même s’il ne rentre pas dans le groupe des «3000» pyrénéens, son aspect élancé et sa situation géographique excentrée de la chaine principale, en fait un point de vue exceptionnel.)

Balaïtous vu depuis Arrious (vallée d’Ossau). Le Balaïtous est le gros à gauche. Photo Magali

Puis de fil en aiguille, Khadija arrive par ici : le Balaitous… (Le pic du Balaïtous est le premier pic de la chaîne dépassant l’altitude de 3000 m depuis la côte atlantique. Il est le plus haut sommet du massif du Balaïtous, massif granitique pyrénéen se situant à la frontière entre la France et l’Espagne). Les montagnes rencontrées par Khadija deviennent de plus en plus complexes, et elle aussi. Son père, son copain, la perdent, tandis qu’elle gravit les montagnes d’autres mondes, d’autres cultures…


Le chevalier inexistant, d’Italo Calvino, Gallimard

LE CHEVALIER N’EXISTE PEUT-ETRE PAS, MAIS LE LIVRE EXISTE BIEN !

Pour ceux qui connaissent Italo Calvino, « Le chevalier inexistant » est de la même mouvance que « Le baron perché ». Aussi perché ! Ici, on est au Moyen âge, en France. Charlemagne passe ses troupes en revue…

Extrait :

«  Là-bas au fond, c’était lui, Charlemagne ! Ils s’avançait sur un cheval qui semblait plus grand que nature, sa barbe étalée sur sa poitrine, ses mains posées sur le pommeau de la selle. Régner et guerroyer, guerroyer et régner, pas de trêve, pas de repos : il avait quelque peu vieilli, depuis la dernière fois où ses soldats l’avaient vu.
Devant chaque officier, il arrêtait son cheval et se tournait pour examiner l’homme des pieds à la tête.

(…)

 

Hé ! paladin, c’est à vous que je parle ! insista Charlemagne. Pourquoi diantre ne montrez-vous pas votre visage au roi ?

 

La voix sortit, nette, de la ventaille du heaume.

 

C’est que je n’existe pas, Sire.

 

Eh bien ! vrai ! s’écria l’empereur. Voici que nous avons en renfort un

 

chevalier inexistant ! Faites voir un peu.

Agilulfe parut hésiter un instant ; puis d’une main sûre, mais lente, il releva sa visière. Le heaume était vide. Dans l’armure blanche au beau plumail

 

iridescent, personne.

Agilulfe n’existe pas en tant que chevalier, mais il a des sentiments, notamment amoureux. C’est compliqué à gérer des sentiments amoureux quand on n’existe pas… Par ailleurs, il croit être ce qu’il voit en face de lui.. De la soupe par exemple ! À travers des situations loufoques, le livre parle des rapports entre les êtres. C’est une réflexion philosophique portée par un roman, par une langue plein d’invention. J’aime beaucoup la littérature du moyen âge, la littérature fantaisiste, les Monty Pyton… Avec Italo Calvino, je suis servie !


APÉRO-LIVRE#1-17/03/18 (Une rencontre pour partager des expériences de lectures, tout simplement…)

Les mots rapportés ci-dessous ne sont pas strictement ceux employés lors de la rencontre. Le passage de l’oral à l’écrit m’a demandé quelques modifications. J’espère ne pas trahir les propos… Merci de me le signaler si c’est le cas ! Manoell

* Du plus loin que je me souvienne… j’ai lu. Par hasard, je me suis retrouvée à travailler dans une librairie. Je ne travaille plus maintenant, alors, je lis ce que j’ai envie de lire… En 25 Ans de librairie, seuls trois ou quatre livres m’ont marquée. Un tous les 10 ans à peu près ! En 2004, c’est « le secret » de Philippe Grimbert. Un garçon raconte l’histoire d’amour de ses parents pendant la guerre, et puis, un secret. Je ne me souviens plus du secret, mais je sais qu’il change la vision du petit garçon. Il y a une juxtaposition de la vérité qu’il s’est fabriquée et d’une autre, qui vient s’imposer.

Quand je lis, il faut que le monde devienne des mots sur une page blanche, et que je disparaisse. C’est ce qui s’est passé avec « un secret ». Ça n’a pas duré longtemps, seulement deux soirs….

Un secret, Philippe Grimbert, édition Grasset livre de poche, 2007

Autres coups de cœur : En 2012, « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître. En 2014, « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut.

* Moi aussi j’ai aimé « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut. C’est un texte narratif où un petit garçon raconte sa vie, avec ses parents. Une vie déjantée avec les bons et mauvais côtés. Le livre parle de la maladie psychologique, de la vie hors norme, hors société. Mr Bojangles est une chanson chantée par Nina Simone et écoutée sur la platine, par la maman du petit garçon. C’est un roman qui décrit gaiement des situations qui ne le sont pas vraiment.

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, édition Gallimard, 2017

Mr Bojangles-Nina Simone

* Si je devais trouver UN livre marquant, UN livre fondateur, il me faudrait réfléchir longtemps ! J’aurais aimé parler de  « La chambre des époux » d’Eric Reinhardt, mais non, je vais parler d’un polar… qui n’est pas un polar. Il m’a embarquée alors qu’il n’aurait pas dû, parce que je n’aime pas les livres fantastiques ! Les Harry Potter and Co, je n’aime pas, mais là… Est-ce l’histoire ? Est-ce l’ambiance de l’archipel de Stockholm où l’on va à l’école en bateau bus ? Est-ce parce que l’histoire est racontée à hauteur d’une fillette de 12 ans ?

Des parents partent en mer avec leur bébé, qui, au cours d’une tempête, disparaît. Sur une autre plage, ils trouvent une autre bébé, mais pas le leur. Ils le savent car le bébé n’a pas les mêmes yeux. Cependant, ils l’adoptent. Pour la grand-mère, il est évident que cet enfant appartient au peuple de l’eau. C’est un bébé mythologique autant que réel. Ses cicatrices dans le cou, attribuées à l’accident, sont en fait des branchies. En le racontant comme ça, je me dis : ça ne devrait pas marcher et pourtant je marche, je courre, je nage ! J’attends les tome 2 et 3.

Le livre est écrit à quatre mains par la fille Camilla Sten et sa mère, Viveca Sten qui, d’habitude, écrit des romans policiers.

L’île des disparus, tome 1, Viveca et Camilla Sten, édition Michel Lafon, 2018

*J’accorde beaucoup d’importance au titre d’un livre. Celui-ci m’a séduite: « L’art d’écouter les battements de coeur » de Jan-Philipp Sendker. Je l’ai lu le soir, et la nuit. C’était une période où j’avais hâte d’aller dans mon lit. J’y allais avec une grande sérénité. Je savais que j’allais bien dormir. Le livre est reposant. L’ambiance est zen. L’histoire est spirituelle. Une fille avocate, dont le père d’origine birmane a disparu lorsqu’elle avait 17 ans, trouve, en fouillant dans le grenier, des lettres d’amour destinées à une certaine Mimi, en Birmanie. Elle part à la recherche de cette Mimi. Elle est reçue par un homme qui l’attendait… Il y a des choses mystérieuses dans la vie, comme ça. Il l’attendait pour lui expliquer la vie de son père. Le livre est une histoire d’amour spirituel. Un hymne à la vie. L’auteur écrit : « La vie est un don plein de mystère où se brûlent douleur et bonheur ».

L’art d’écouter les battements de cœur, Jan-Philipp Sendker, édition Livres de poches, 2015

*Je lis énormément. J’ai été prof de lettre. La lecture a bercé ma vie. Au cours de mes lectures, j’ai eu une vraie rencontre avec une auteure : Alice Ferney. Un de ses livres m’a particulièrement touchée : « Dans la guerre », qui se passe pendant la première guerre mondiale. Trois personnages : le fils, la maman et la belle-fille. Le fils est appelé sous les drapeaux. Sa femme et sa mère restent à la ferme. La mère est campée dans des certitudes de matrone. Elle déteste sa belle-fille, du fait d’un amour inconsidéré pour son fils. Celui-ci étant parti, la mère se sent maitresse à bord. La belle fille est meurtrie par le départ de son amoureux, mais elle veut exister auprès de la belle-mère étouffante. Elle se doit de continuer à faire vivre la ferme tout en lui résistant.

Il y a un quatrième personnage : le chien. Un jour, il quitte la ferme et rejoint son maître sur le champ de bataille. Il deviendra agent de liaison. Et il sera aussi le lien entre les femmes restées à la ferme et le fils sous les drapeaux.

Alice Ferney parle de la relation singulière d’un chien avec son maître, de relations familiales difficiles entre deux femmes, de la guerre.

J’ai pleuré. J’ai été profondément touchée. Cette auteure, prof de lettre, a un grand amour des mots et elle sait le transmettre. Elle transmet aussi, dans une écriture ciselée, des sentiments, des situations (la guerre est très présente). Elle sait décrire des ambiances de peur et de folie. . .

Son dernier livre « Le règne du vivant », est un plaidoyer pour l’écologie.

Dans la guerre, Alice Ferney, Acte Sud, 2005.

* J’ai rencontré l’auteur du livre dont je vais vous parler au salon du livre de Bagnères de Bigorre. Moi, je ne suis pas d’ici. Je vis ici depuis peu, et ce livre a fait lien entre mon monde d’avant et celui d’aujourd’hui, cerné de montagnes. Les montagnes m’attirent autant qu’elles m’effraient. Tout grimpe… L’homme que j’aime, aime ces montagnes. J’ai envie de les aimer. Thibaut Bertrand avec son premier roman « Le Pas des Isards » me montre le chemin.

Il est originaire d’ici. Enfant, il a randonné avec ses parents. Puis, plus grand, il s’est construit sa propre relation aux Pyrénées, notamment en visant des sommets de plus en plus techniques. Sa passion l’amène loin, en Bolivie, etc. Il vit à Pampelune.

Il a eu envie de passer à l’écrit, car ses photos ne donnaient pas à voir ce qu’il ressentait lors de ses excursions. Le livre est une fiction, un roman policier, situé dans le pays de Toy, à Gavarny. Trois jeunes hommes partent en week-end à la recherche de sensations fortes. Contre toute attente, ils sont confrontés à des accidents, du vandalisme, des meurtres… Une enquête est lancée… L’écriture coule…

Grâce à ce roman, la montagne s’est humanisée… Et moi qui ne suis pas lectrice de roman policier, je me suis régalée.

Le pas des isards, Thibaut Bertrand, édition Gypaète, 2017.

Cette présentation a été suivie de l’avis d’une lectrice qui n’a pas aimé ce roman. Pour elle, il est raté du point de vue roman policier. Ce fût une belle occasion pour échanger des titres de romans de ce genre littéraire.

Suggestion pour la prochaine rencontre, probablement le samedi 21 avril (à vérifier) : venir avec le livre et un extrait choisi.

Merci à nous pour ce gai riche et chaud moment.

 


APÉRO-LIVRE#2-21/04/18

À l’entrée de la librairie le Kairn, sur la gauche, une étagère de trois étages, où Karine, Manoell, Valentine, Eloi et Malou, donnent à voir une sélection de livres. C’est l’étage coup de cœur du moment, où l’étage auto-portrait du moment… Un mélange de nouveautés, de livres lointains qui ont marqués, de livres objet. Pour ce deuxième apéro-livres, les personnes présentes se sont prêtées au jeu. Voici leur étage :

Étage n°1 :

 J’aimerais être capable d’avoir une vie aussi déjantée que dans ce roman …

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Le Maroc, c’est le pays de ma renaissance…

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Au revoir là-haut, parce que c’est un super roman ! Un des meilleurs que j’ai lu ces dix dernières années.

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– j’aime cet auteur ! J’ai eu un rendez-vous à Brives, avec lui…                                                  – les auteurs, moi, je préfère les imaginer

Pour le minou sur la photo….

 

 

 

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                                                                                                -« Vous avez dans les yeux toute la lumière de Lourdes ! », c’est ce que m’a dit Philippe Jaenada quand je l’ai rencontré au festival du livre de Brives, en 2017… alors que j’étais affaiblie par une grave maladie.

 

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Étage n°2 :

Walden ! J’ai vécu près de ce lac. Quand je pense à lui, je pense à ma vie….

 

 

 

 

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Traversée à 4 voix, Didier Sorbe, Marc Girard, Olivier Delord, Jean-François Labourie.


4 voix, ça me parle…. souvent nous nous  baladons à 4.

Noir et blanc, ça me parle. Je faisais de la photo noir et blanc…

Les Pyrénées, ça me parle. Une  passion…

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Reconnaître toutes les espèces des Pyrénées,   c’est ce que j’essaie de faire !

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Samivel c’est mon enfance. Avant même que je mette les pieds en montagnes, je les ai aimées, avec Samivel.

Quant à l’âme du monde, le titre…

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————–L’intérieur autant que l’extérieur————

 

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Tout autre registre : les romans policiers, les pays nordiques, l’arctique, le froid

 

 

 

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Nous avons poursuivi avec le partage d’expériences de lecture :

Petit pays, Gael Faye, livre de poche, 2017

Un livre sur le thème de la perte.

Extrait :

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé. Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.

 

Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.

 

Comme Donatien ? j’avais demandé.

 

Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.

Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :

 

La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

 

Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

 

Alors… ils n’ont pas la même langue ?

 

Si, ils parlent la même langue.

 

Alors, ils n’ont pas le même dieu ?

 

Si, ils ont le même dieu.

 

Alors… pourquoi se font-ils la guerre ?

 

Parce qu’ils n’ont pas le même nez.

L’auteur est un gamin ! 35 ans certes, mais un gamin ! Un gamin a écrit ce bouquin. Et c’est aussi un rappeur ! Gabriel Faye raconte son histoire. On découvre sa vie au Burundi. Sa mère est rwandaise, réfugiée au Burundi, son père est français. Il a une petite sœur, Ana. Au début, il raconte une vie de gosse, dans une impasse, avec des copains. Ce qui est magistral, c’est que Gaël Faye parvient à décrire, et à transmettre, par petites touches, l’arrivée de la peur. Tout le monde tombe dans l’horreur « extra-ordinaire », petit à petit. Pas de misérabilisme. Gabriel est touché de près quand sa mère devient folle, après le massacre de sa famille. Et puis, on le force à tuer des gens.

Après un début humoristique, l’auteur nous plonge complètement dans cette horreur. Un enfant se croyait enfant, il se découvre blanc-caramel (métis), tutsi, français… Gabriel Faye vit en France maintenant. Sa mère est restée là-bas. C’est son premier roman.

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L’homme qui voyait à travers les visages, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin michel, 2016. Ce livre existe aussi en livre de poche.

Eric Emmanuel Schmitt est un auteur-philosophe, qui se pose des questions, en particulier sur la religion. Dans son livre « La nuit de feu », il raconte comment la spiritualité est entrée dans sa vie, et a changé son existence. « L’homme qui voyait à travers les visages » est un roman avec des passages qui frôlent la philosophie. L’histoire commence en 2016, avec une explosion devant une église en Belgique. Augustin, travaille dans un journal belge. Il ne possède rien, pas de maison, rien. Il est rien. Mais avec l’attentat, dans lequel il se trouve, il devient quelqu’un. Quelqu’un d’important. Il devient l’homme qui était là et qui a vu.

En lien avec l’attentat, à visée religieuse, Augustin propose d’interviewer une personnalité. La personnalité choisie : Eric Emmanuel Schmitt ! L’auteur devient personnage. Il faut préciser qu’Augustin a une particularité : il voit le mort. Le mort que chacun promène sur son épaule. Il rencontre donc l’auteur, et le mort de l’auteur. On passe alors dans un questionnement sur le sens de l’attentat.

Deux points de vue s’affrontent :

1) les hommes se servent de Dieux pour commettre la violence.

2) C’est Dieu qui manipule les hommes. (conviction du juge qui mène l’enquête)

Compte tenu du pouvoir d’Augustin, l’auteur EES (Eric Emmanuel Schmitt) lui confit la mission de poser la question directement à Dieu. On assiste à la rencontre entre Dieu et Augustin. Le dialogue est savoureux. Le livre se transforme en enquête sur l’attentat. Une sorte de roman policier. Augustin revient voir l’auteur qui lui dit : « Je ne veux pas que tu me racontes, je veux que tu me l’écrives. »

Eric Emmanuel Schmitt nous mène de surprises en surprises, jusqu’à la dernière phrase. C’est un auteur dont j’ai lu quasiment tous les livres. « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » j’aime, ses pièces de théâtre au dialogue savoureux, j’aime, « Ulysse from Bagdad », j’aime ! La secte des égoïstes, je n’ai rien compris ! « La femme au miroir », je n’ai pas aimé. « Les perroquets de la place d’Azerro », où il parle de tous les amours, homo, sado-maso, etc. Il y a des passages crus, mais pas choquants. C’est un livre sur l’amour ! « Petits crimes conjugaux », « La tectonique des sentiments », « Odette Toulemonde », le film adapté de sa nouvelle éponyme, j’aime, j’aime, j’aime…

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Un amour d’auteur d’une autre participante : le suédois Henning Mankell, mort en 2015.

Quand j’ai appris qu’il était mort, que vais-je lire ? me suis-je dit !

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ATTENTION, PROCHAIN APÉRO-LIVRE LE SAMEDI 26 JUIN 2018

BIENVENU-E-S