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APÉRO-LIRE # OCT 2018 (Une rencontre pour partager des expériences de lectures, tout simplement…)

Les mots rapportés ci-dessous ne sont pas strictement ceux employés lors de la rencontre. Le passage de l’oral à l’écrit demande quelques modifications. J’espère ne pas trahir les propos (écrit en italique)… Merci de me le signaler si c’est le cas ! Manoell

En attendant les barbares de J. M Coetzee, Seuil

L’auteur : Il est professeur de littérature et critique littéraire. Il est né dans les années 1940 en Afrique du sud. Il est très préoccupé par l’apartheid, la guerre, la paix. Obsession de se retrouver dans une civilisation qui ne soit plus menée par la violence. Une citation au dos du livre : « Je crois en la paix – peut-être même en la paix à tout prix. »
J.M. Coetzee
.

Le livre : La région est indéterminée. Quasi désertique. Elle est dominée par un empire colonial. Le héros-narrateur est Magistrat. La cité est paisible. Mais « l’empire » décide de mettre un terme aux actions des « barbares » dont il s’inquiète, dont personne d’ailleurs (ni les personnages, ni les lecteurs) ne sait qui ils sont…

Le magistrat voit arriver les troupes, pour la campagne militaire. Rapidement, il voit aussi des prisonniers. Parmi les prisonniers, une jeune femme blessée, qu’il décide de recueillir. La relation entre les deux est paternelle, mais pas uniquement. Elle est équivoque.

Après avoir guérie la femme blessée, l’objectif du magistrat est de la rendre à sa peuplade, ce qu’il entreprend. Pendant ce temps… les troupes font leur « travail » d’éradication des « barbares ». Le magistrat est alors accusé de pactiser avec l’ennemi. Il est en pleine disgrâce. Démis de ses fonctions. Molesté. Conduit à un simulacre de pendaison. Ridiculisé auprès de la population….

Il gardera une amertume, une grande amertume, de ces événements dont il n’a pas compris tous les enjeux. Mais aussi une grandeur, la grandeur de ne pas avoir cédé.

Quelques phrases :

Je pense « A la fin de l’hiver, peut-être, quand nous aurons vraiment la faim au ventre, quand nous serons gelés et affamés, ou quand les barbares seront vraiment à nos portes, peut-être, alors, abandonnerai-je les periphrases d’un fonctionnaire doté d’ambitions littéraires et commencerai-je à dire la vérité. »

(…)

Je pense : « J’ai vécu une année riche en événements, et pourtant je n’y comprends rien, rien de plus qu’un nourrisson. De tous les gens de cette ville, je suis le moins apte à rédiger un Mémorial. Mieux vaut le forgeron avec ses cris de rage et de chagrin. »

(…)

Je pense : « Il y a quelque chose qui me sautait aux yeux, mais je n’arrive toujours pas à le voir ».

La garnison quitte la ville. Les habitants sont livrés à eux même… Les barbares sont toujours supposés arriver, mais qui sont les barbares ? Les zones d’ombre et d’incertitude perdurent après les lecture du livre…

Lecture intense. Possibilité de se projeter dans le personnage du magistrat qui représente le juste. Partage de ses doutes, ses émotions, ses incompréhensions, ses limites, ses bontés. J.M Coetzee est un auteur d’une grande force.

D’autres livres du même auteur :

Disgrâce, un de ses plus connus

Au cœur de ce pays

Michael K, sa vie, son temps


L’intelligence des plantes de Stephano Moncusso, Albin Michel

Stephano Moncusso est un scientifique italien, de la région de florence. Il est poète philosophe, fondateur de la neurobiologie végétale.

Je suis chamboulé par ce que les scientifiques « voient » du monde des plantes. Chamboulé par ce livre. Quand tu lis des mots qui rendent visibles quelque chose que tu ressens depuis 40 ans… J’ai travaillé dans les jardins d’insertion, j’ai été formateur, dé-formateur, créateur de jardin… J’ai observé… longtemps… J’ai vu le mimétisme entre les différentes parties du vivant. Le cheminement commun. Quand on perturbe une des données, on perturbe l’ensemble. (C’est pourquoi, Didier dit, en rigolant, qu’il ne donnera pas une claque à la mouche qui lui titille la joue lors de cet apéro-lire d’octobre !).

L’intelligence des plantes de Stephano Moncusso est de la même famille de livre que La vie secrète des arbres, de l’allemand Peter Wohlleben. Les arbres, les plantes, les animaux, les humains, tout est à mettre dans le même « paquet ». L’humain a un peu une tête d’autruche. Il a beaucoup à apprendre des plantes. Des sens des plantes ( les 5 que nous connaissons – ouïe, odorat, vue, toucher, le goût, et 15 autres).

Dans son livre, Stefano Mancuso démontre que, comme tous les êtres vivants, les plantes discernent formes et couleurs, mémorisent des données, communiquent. Elles ont une personnalité et développent une forme de vie sociale basée sur l’entraide et l’échange.


Les cimes rebelles de Laurence Muguet, éditions Gypaète

C’est la voix de la jeune marocaine, Khadija, qui raconte son monde, peuplé de son père et un petit copain. Elle grandit près du djebel Toubkal (point culminant du Haut Atlas ainsi que du Maroc et de l’Afrique du Nord avec 4167 m d’altitude). Le style est simple. Impression de se trouver dans cette famille.

Le livre raconte la manière dont Khadija s’ouvre au monde. Tout d’abord par la rencontre de trois français randonneurs. Ils l’invitent à venir faire de la rando en France, dans les Pyrénées, au Mont Valier (le Mont Valier est considéré comme l’un des plus beaux sommets de l’Ariège. Même s’il ne rentre pas dans le groupe des «3000» pyrénéens, son aspect élancé et sa situation géographique excentrée de la chaine principale, en fait un point de vue exceptionnel.)

Balaïtous vu depuis Arrious (vallée d’Ossau). Le Balaïtous est le gros à gauche. Photo Magali

Puis de fil en aiguille, Khadija arrive par ici : le Balaitous… (Le pic du Balaïtous est le premier pic de la chaîne dépassant l’altitude de 3000 m depuis la côte atlantique. Il est le plus haut sommet du massif du Balaïtous, massif granitique pyrénéen se situant à la frontière entre la France et l’Espagne). Les montagnes rencontrées par Khadija deviennent de plus en plus complexes, et elle aussi. Son père, son copain, la perdent, tandis qu’elle gravit les montagnes d’autres mondes, d’autres cultures…


Le chevalier inexistant, d’Italo Calvino, Gallimard

LE CHEVALIER N’EXISTE PEUT-ETRE PAS, MAIS LE LIVRE EXISTE BIEN !

Pour ceux qui connaissent Italo Calvino, « Le chevalier inexistant » est de la même mouvance que « Le baron perché ». Aussi perché ! Ici, on est au Moyen âge, en France. Charlemagne passe ses troupes en revue…

Extrait :

«  Là-bas au fond, c’était lui, Charlemagne ! Ils s’avançait sur un cheval qui semblait plus grand que nature, sa barbe étalée sur sa poitrine, ses mains posées sur le pommeau de la selle. Régner et guerroyer, guerroyer et régner, pas de trêve, pas de repos : il avait quelque peu vieilli, depuis la dernière fois où ses soldats l’avaient vu.
Devant chaque officier, il arrêtait son cheval et se tournait pour examiner l’homme des pieds à la tête.

(…)

  • Hé ! paladin, c’est à vous que je parle ! insista Charlemagne. Pourquoi diantre ne montrez-vous pas votre visage au roi ?

  • La voix sortit, nette, de la ventaille du heaume.

  • C’est que je n’existe pas, Sire.

  • Eh bien ! vrai ! s’écria l’empereur. Voici que nous avons en renfort un

  • chevalier inexistant ! Faites voir un peu.

    Agilulfe parut hésiter un instant ; puis d’une main sûre, mais lente, il releva sa visière. Le heaume était vide. Dans l’armure blanche au beau plumail

  • iridescent, personne.

Agilulfe n’existe pas en tant que chevalier, mais il a des sentiments, notamment amoureux. C’est compliqué à gérer des sentiments amoureux quand on n’existe pas… Par ailleurs, il croit être ce qu’il voit en face de lui.. De la soupe par exemple ! À travers des situations loufoques, le livre parle des rapports entre les êtres. C’est une réflexion philosophique portée par un roman, par une langue plein d’invention. J’aime beaucoup la littérature du moyen âge, la littérature fantaisiste, les Monty Pyton… Avec Italo Calvino, je suis servie !


APÉRO-LIVRE#1-17/03/18 (Une rencontre pour partager des expériences de lectures, tout simplement…)

Les mots rapportés ci-dessous ne sont pas strictement ceux employés lors de la rencontre. Le passage de l’oral à l’écrit m’a demandé quelques modifications. J’espère ne pas trahir les propos… Merci de me le signaler si c’est le cas ! Manoell

* Du plus loin que je me souvienne… j’ai lu. Par hasard, je me suis retrouvée à travailler dans une librairie. Je ne travaille plus maintenant, alors, je lis ce que j’ai envie de lire… En 25 Ans de librairie, seuls trois ou quatre livres m’ont marquée. Un tous les 10 ans à peu près ! En 2004, c’est « le secret » de Philippe Grimbert. Un garçon raconte l’histoire d’amour de ses parents pendant la guerre, et puis, un secret. Je ne me souviens plus du secret, mais je sais qu’il change la vision du petit garçon. Il y a une juxtaposition de la vérité qu’il s’est fabriquée et d’une autre, qui vient s’imposer.

Quand je lis, il faut que le monde devienne des mots sur une page blanche, et que je disparaisse. C’est ce qui s’est passé avec « un secret ». Ça n’a pas duré longtemps, seulement deux soirs….

Un secret, Philippe Grimbert, édition Grasset livre de poche, 2007

Autres coups de cœur : En 2012, « Au revoir là-haut » de Pierre Lemaître. En 2014, « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut.

* Moi aussi j’ai aimé « En attendant Bojangles » d’Olivier Bourdeaut. C’est un texte narratif où un petit garçon raconte sa vie, avec ses parents. Une vie déjantée avec les bons et mauvais côtés. Le livre parle de la maladie psychologique, de la vie hors norme, hors société. Mr Bojangles est une chanson chantée par Nina Simone et écoutée sur la platine, par la maman du petit garçon. C’est un roman qui décrit gaiement des situations qui ne le sont pas vraiment.

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, édition Gallimard, 2017

Mr Bojangles-Nina Simone

* Si je devais trouver UN livre marquant, UN livre fondateur, il me faudrait réfléchir longtemps ! J’aurais aimé parler de  « La chambre des époux » d’Eric Reinhardt, mais non, je vais parler d’un polar… qui n’est pas un polar. Il m’a embarquée alors qu’il n’aurait pas dû, parce que je n’aime pas les livres fantastiques ! Les Harry Potter and Co, je n’aime pas, mais là… Est-ce l’histoire ? Est-ce l’ambiance de l’archipel de Stockholm où l’on va à l’école en bateau bus ? Est-ce parce que l’histoire est racontée à hauteur d’une fillette de 12 ans ?

Des parents partent en mer avec leur bébé, qui, au cours d’une tempête, disparaît. Sur une autre plage, ils trouvent une autre bébé, mais pas le leur. Ils le savent car le bébé n’a pas les mêmes yeux. Cependant, ils l’adoptent. Pour la grand-mère, il est évident que cet enfant appartient au peuple de l’eau. C’est un bébé mythologique autant que réel. Ses cicatrices dans le cou, attribuées à l’accident, sont en fait des branchies. En le racontant comme ça, je me dis : ça ne devrait pas marcher et pourtant je marche, je courre, je nage ! J’attends les tome 2 et 3.

Le livre est écrit à quatre mains par la fille Camilla Sten et sa mère, Viveca Sten qui, d’habitude, écrit des romans policiers.

L’île des disparus, tome 1, Viveca et Camilla Sten, édition Michel Lafon, 2018

*J’accorde beaucoup d’importance au titre d’un livre. Celui-ci m’a séduite: « L’art d’écouter les battements de coeur » de Jan-Philipp Sendker. Je l’ai lu le soir, et la nuit. C’était une période où j’avais hâte d’aller dans mon lit. J’y allais avec une grande sérénité. Je savais que j’allais bien dormir. Le livre est reposant. L’ambiance est zen. L’histoire est spirituelle. Une fille avocate, dont le père d’origine birmane a disparu lorsqu’elle avait 17 ans, trouve, en fouillant dans le grenier, des lettres d’amour destinées à une certaine Mimi, en Birmanie. Elle part à la recherche de cette Mimi. Elle est reçue par un homme qui l’attendait… Il y a des choses mystérieuses dans la vie, comme ça. Il l’attendait pour lui expliquer la vie de son père. Le livre est une histoire d’amour spirituel. Un hymne à la vie. L’auteur écrit : « La vie est un don plein de mystère où se brûlent douleur et bonheur ».

L’art d’écouter les battements de cœur, Jan-Philipp Sendker, édition Livres de poches, 2015

*Je lis énormément. J’ai été prof de lettre. La lecture a bercé ma vie. Au cours de mes lectures, j’ai eu une vraie rencontre avec une auteure : Alice Ferney. Un de ses livres m’a particulièrement touchée : « Dans la guerre », qui se passe pendant la première guerre mondiale. Trois personnages : le fils, la maman et la belle-fille. Le fils est appelé sous les drapeaux. Sa femme et sa mère restent à la ferme. La mère est campée dans des certitudes de matrone. Elle déteste sa belle-fille, du fait d’un amour inconsidéré pour son fils. Celui-ci étant parti, la mère se sent maitresse à bord. La belle fille est meurtrie par le départ de son amoureux, mais elle veut exister auprès de la belle-mère étouffante. Elle se doit de continuer à faire vivre la ferme tout en lui résistant.

Il y a un quatrième personnage : le chien. Un jour, il quitte la ferme et rejoint son maître sur le champ de bataille. Il deviendra agent de liaison. Et il sera aussi le lien entre les femmes restées à la ferme et le fils sous les drapeaux.

Alice Ferney parle de la relation singulière d’un chien avec son maître, de relations familiales difficiles entre deux femmes, de la guerre.

J’ai pleuré. J’ai été profondément touchée. Cette auteure, prof de lettre, a un grand amour des mots et elle sait le transmettre. Elle transmet aussi, dans une écriture ciselée, des sentiments, des situations (la guerre est très présente). Elle sait décrire des ambiances de peur et de folie. . .

Son dernier livre « Le règne du vivant », est un plaidoyer pour l’écologie.

Dans la guerre, Alice Ferney, Acte Sud, 2005.

* J’ai rencontré l’auteur du livre dont je vais vous parler au salon du livre de Bagnères de Bigorre. Moi, je ne suis pas d’ici. Je vis ici depuis peu, et ce livre a fait lien entre mon monde d’avant et celui d’aujourd’hui, cerné de montagnes. Les montagnes m’attirent autant qu’elles m’effraient. Tout grimpe… L’homme que j’aime, aime ces montagnes. J’ai envie de les aimer. Thibaut Bertrand avec son premier roman « Le Pas des Isards » me montre le chemin.

Il est originaire d’ici. Enfant, il a randonné avec ses parents. Puis, plus grand, il s’est construit sa propre relation aux Pyrénées, notamment en visant des sommets de plus en plus techniques. Sa passion l’amène loin, en Bolivie, etc. Il vit à Pampelune.

Il a eu envie de passer à l’écrit, car ses photos ne donnaient pas à voir ce qu’il ressentait lors de ses excursions. Le livre est une fiction, un roman policier, situé dans le pays de Toy, à Gavarny. Trois jeunes hommes partent en week-end à la recherche de sensations fortes. Contre toute attente, ils sont confrontés à des accidents, du vandalisme, des meurtres… Une enquête est lancée… L’écriture coule…

Grâce à ce roman, la montagne s’est humanisée… Et moi qui ne suis pas lectrice de roman policier, je me suis régalée.

Le pas des isards, Thibaut Bertrand, édition Gypaète, 2017.

Cette présentation a été suivie de l’avis d’une lectrice qui n’a pas aimé ce roman. Pour elle, il est raté du point de vue roman policier. Ce fût une belle occasion pour échanger des titres de romans de ce genre littéraire.

Suggestion pour la prochaine rencontre, probablement le samedi 21 avril (à vérifier) : venir avec le livre et un extrait choisi.

Merci à nous pour ce gai riche et chaud moment.

 


APÉRO-LIVRE#2-21/04/18

À l’entrée de la librairie le Kairn, sur la gauche, une étagère de trois étages, où Karine, Manoell, Valentine, Eloi et Malou, donnent à voir une sélection de livres. C’est l’étage coup de cœur du moment, où l’étage auto-portrait du moment… Un mélange de nouveautés, de livres lointains qui ont marqués, de livres objet. Pour ce deuxième apéro-livres, les personnes présentes se sont prêtées au jeu. Voici leur étage :

Étage n°1 :

 J’aimerais être capable d’avoir une vie aussi déjantée que dans ce roman …

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Le Maroc, c’est le pays de ma renaissance…

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Au revoir là-haut, parce que c’est un super roman ! Un des meilleurs que j’ai lu ces dix dernières années.

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– j’aime cet auteur ! J’ai eu un rendez-vous à Brives, avec lui…                                                  – les auteurs, moi, je préfère les imaginer

Pour le minou sur la photo….

 

 

 

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                                                                                                -« Vous avez dans les yeux toute la lumière de Lourdes ! », c’est ce que m’a dit Philippe Jaenada quand je l’ai rencontré au festival du livre de Brives, en 2017… alors que j’étais affaiblie par une grave maladie.

 

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Étage n°2 :

Walden ! J’ai vécu près de ce lac. Quand je pense à lui, je pense à ma vie….

 

 

 

 

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Traversée à 4 voix, Didier Sorbe, Marc Girard, Olivier Delord, Jean-François Labourie.


4 voix, ça me parle…. souvent nous nous  baladons à 4.

Noir et blanc, ça me parle. Je faisais de la photo noir et blanc…

Les Pyrénées, ça me parle. Une  passion…

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Reconnaître toutes les espèces des Pyrénées,   c’est ce que j’essaie de faire !

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Samivel c’est mon enfance. Avant même que je mette les pieds en montagnes, je les ai aimées, avec Samivel.

Quant à l’âme du monde, le titre…

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————–L’intérieur autant que l’extérieur————

 

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Tout autre registre : les romans policiers, les pays nordiques, l’arctique, le froid

 

 

 

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Nous avons poursuivi avec le partage d’expériences de lecture :

Petit pays, Gael Faye, livre de poche, 2017

Un livre sur le thème de la perte.

Extrait :

Je ne sais vraiment pas comment cette histoire a commencé. Papa nous avait pourtant tout expliqué, un jour, dans la camionnette.

  • Vous voyez, au Burundi c’est comme au Rwanda. Il y a trois groupes différents, on appelle ça les ethnies. Les Hutu sont les plus nombreux, ils sont petits avec de gros nez.

  • Comme Donatien ? j’avais demandé.

  • Non, lui c’est un Zaïrois, c’est pas pareil. Comme Prothé, par exemple, notre cuisinier. Il y a aussi les Twa, les pygmées. Eux, passons, ils sont quelques-uns seulement, on va dire qu’ils ne comptent pas. Et puis il y a les Tutsi, comme votre maman. Ils sont beaucoup moins nombreux que les Hutu, ils sont grands et maigres avec des nez fins et on ne sait jamais ce qu’ils ont dans la tête. Toi, Gabriel, avait-il dit en me pointant du doigt, tu es un vrai Tutsi, on ne sait jamais ce que tu penses.

Là, moi non plus je ne savais pas ce que je pensais. De toute façon, que peut-on penser de tout ça ? Alors j’ai demandé :

  • La guerre entre les Tutsi et les Hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?

  • Non, ça n’est pas ça, ils ont le même pays.

  • Alors… ils n’ont pas la même langue ?

  • Si, ils parlent la même langue.

  • Alors, ils n’ont pas le même dieu ?

  • Si, ils ont le même dieu.

  • Alors… pourquoi se font-ils la guerre ?

  • Parce qu’ils n’ont pas le même nez.

L’auteur est un gamin ! 35 ans certes, mais un gamin ! Un gamin a écrit ce bouquin. Et c’est aussi un rappeur ! Gabriel Faye raconte son histoire. On découvre sa vie au Burundi. Sa mère est rwandaise, réfugiée au Burundi, son père est français. Il a une petite sœur, Ana. Au début, il raconte une vie de gosse, dans une impasse, avec des copains. Ce qui est magistral, c’est que Gaël Faye parvient à décrire, et à transmettre, par petites touches, l’arrivée de la peur. Tout le monde tombe dans l’horreur « extra-ordinaire », petit à petit. Pas de misérabilisme. Gabriel est touché de près quand sa mère devient folle, après le massacre de sa famille. Et puis, on le force à tuer des gens.

Après un début humoristique, l’auteur nous plonge complètement dans cette horreur. Un enfant se croyait enfant, il se découvre blanc-caramel (métis), tutsi, français… Gabriel Faye vit en France maintenant. Sa mère est restée là-bas. C’est son premier roman.

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L’homme qui voyait à travers les visages, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin michel, 2016. Ce livre existe aussi en livre de poche.

Eric Emmanuel Schmitt est un auteur-philosophe, qui se pose des questions, en particulier sur la religion. Dans son livre « La nuit de feu », il raconte comment la spiritualité est entrée dans sa vie, et a changé son existence. « L’homme qui voyait à travers les visages » est un roman avec des passages qui frôlent la philosophie. L’histoire commence en 2016, avec une explosion devant une église en Belgique. Augustin, travaille dans un journal belge. Il ne possède rien, pas de maison, rien. Il est rien. Mais avec l’attentat, dans lequel il se trouve, il devient quelqu’un. Quelqu’un d’important. Il devient l’homme qui était là et qui a vu.

En lien avec l’attentat, à visée religieuse, Augustin propose d’interviewer une personnalité. La personnalité choisie : Eric Emmanuel Schmitt ! L’auteur devient personnage. Il faut préciser qu’Augustin a une particularité : il voit le mort. Le mort que chacun promène sur son épaule. Il rencontre donc l’auteur, et le mort de l’auteur. On passe alors dans un questionnement sur le sens de l’attentat.

Deux points de vue s’affrontent :

1) les hommes se servent de Dieux pour commettre la violence.

2) C’est Dieu qui manipule les hommes. (conviction du juge qui mène l’enquête)

Compte tenu du pouvoir d’Augustin, l’auteur EES (Eric Emmanuel Schmitt) lui confit la mission de poser la question directement à Dieu. On assiste à la rencontre entre Dieu et Augustin. Le dialogue est savoureux. Le livre se transforme en enquête sur l’attentat. Une sorte de roman policier. Augustin revient voir l’auteur qui lui dit : « Je ne veux pas que tu me racontes, je veux que tu me l’écrives. »

Eric Emmanuel Schmitt nous mène de surprises en surprises, jusqu’à la dernière phrase. C’est un auteur dont j’ai lu quasiment tous les livres. « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran » j’aime, ses pièces de théâtre au dialogue savoureux, j’aime, « Ulysse from Bagdad », j’aime ! La secte des égoïstes, je n’ai rien compris ! « La femme au miroir », je n’ai pas aimé. « Les perroquets de la place d’Azerro », où il parle de tous les amours, homo, sado-maso, etc. Il y a des passages crus, mais pas choquants. C’est un livre sur l’amour ! « Petits crimes conjugaux », « La tectonique des sentiments », « Odette Toulemonde », le film adapté de sa nouvelle éponyme, j’aime, j’aime, j’aime…

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Un amour d’auteur d’une autre participante : le suédois Henning Mankell, mort en 2015.

Quand j’ai appris qu’il était mort, que vais-je lire ? me suis-je dit !

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ATTENTION, PROCHAIN APÉRO-LIVRE LE SAMEDI 26 JUIN 2018

BIENVENU-E-S